pyjama 36 mois garcon

Souvent, pour ces simples regards furtifs ou détournés, sur la plage de Balbec ou dans les rues de Paris, je pouvais parfois me demander si la personne qui les provoquait n’était pas seulement un objet de désirs au moment où elle passait, mais une ancienne connaissance, ou bien une jeune fille dont on n’avait fait que lui parler et dont, quand je l’apprenais, j’étais stupéfait qu’on lui eût parlé, tant c’était en dehors des connaissances possibles, au jugé, d’Albertine. Peu importe la tenue au final : tant qu’elle vous plaise et que vous vous sentiez bien dedans. » Et depuis quelque temps, depuis qu’elle m’avait pénétré sans doute, aucune demande d’inviter personne, aucune parole, même pas un détournement de regards, devenus sans objet et silencieux, et aussi révélateurs, avec la mine distraite et vacante dont ils étaient accompagnés, pyjamas qu’autrefois leur aimantation. Et à la même minute, je me souvins qu’Albertine m’avait refusé le matin un plaisir qui aurait pu la fatiguer en effet.

Peut-être l’habitude que j’avais prise de garder au fond de moi certains désirs, désir d’une jeune fille du monde comme celles que je voyais passer de ma fenêtre suivies de leur institutrice, et plus particulièrement de celle dont m’avait parlé Saint-Loup, qui allait dans les maisons de passe ; désir de belles femmes de chambre, et particulièrement celle de Mme Putbus ; désir d’aller à la campagne au début du printemps, revoir des aubépines, des pommiers en fleurs, des tempêtes ; désir de Venise, désir de me mettre au travail, désir de mener la vie de tout le monde ; – peut-être l’habitude de conserver en moi sans assouvissement tous ces désirs, en me contentant de la promesse, faite à moi-même, de ne pas oublier de les satisfaire un jour ; – peut-être cette habitude, vieille de tant d’années, de l’ajournement perpétuel, de ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination, était-elle devenue si générale en moi qu’elle s’emparait aussi de mes soupçons jaloux et, tout en me faisant prendre mentalement note que je ne manquerais pas un jour d’avoir une explication avec Albertine au sujet de la jeune fille, peut-être des jeunes filles (cette partie du récit était confuse, effacée, autant dire infranchissable, dans ma mémoire), avec laquelle ou lesquelles Aimé l’avait rencontrée, me faisait retarder cette explication.

On arrive, sous la forme de soupçons, à absorber journellement, à doses énormes, cette même idée qu’on est trompé, de laquelle une quantité très faible pourrait être mortelle, inoculée par la piqûre d’une parole déchirante. On a commis des experts, sous prétexte de justice. Je cherchai pendant tout le dîner un prétexte qui permît à Saint-Loup de demander à sa tante de me recevoir sans attendre qu’il vînt à Paris. On n’obtient rien d’un individu en cherchant à exploiter ses vertus, disait Eliasar, tout au plus une pièce de cinquante centimes après un excellent dîner et dans des conditions climatériques favorables. C’est ainsi que je vis une fois, à Rivebelle, un grand dîner dont je connaissais par hasard, au moins de nom, les dix invitées, aussi dissemblables que possible, parfaitement rejointes cependant, si bien que je ne vis jamais dîner si homogène bien que si composite. La souffrance ici est bien moins superficielle, est bien plus difficile à supporter, elle a pour siège une couche plus profonde du cœur.

Pour en revenir aux jeunes passantes, jamais Albertine ne regardait une dame âgée ou un vieillard avec tant de fixité, ou, au contraire, de réserve, et comme si elle ne voyait pas. Ces soirées-là, c’étaient maintenant celles où Albertine avait formé pour le lendemain quelque projet qu’elle ne voulait pas que je connusse. Or il m’était impossible de lui faire des reproches ou de lui poser des questions à propos de choses qu’elle eût déclarées si minimes, si insignifiantes, retenues par moi pour le plaisir de « chercher la petite bête ». Malheureusement, la soirée qui vint fut une de celles où cet apaisement ne m’était pas apporté, où le baiser qu’Albertine me donnerait en me quittant, bien différent du baiser habituel, ne me calmerait pas plus qu’autrefois celui de ma mère, les jours où elle était fâchée et où je n’osais pas la rappeler, mais où je sentais que je ne pourrais pas m’endormir. Cela réussit fort bien à Berthe, qui paraît douée d’un caractère idéal. Vous rêvez d’un modèle classique, parfaitement adapté à votre taille et aux teintes douces invitant au sommeil ?